POÈMES DE MEB EN TRADUCTION FRANÇAISE

Le feu du fils

Ce lanceur qui mise à l’infini
garde le feu à l’aine
se recommande aux dieux
et part vers un avenir
inconnu
            La mère suppliante attend
et lorsqu’approchera le signe
elle pourra entamer
le chemin inverse
vers la sérénité
ramasser les bouts cassés de son âme
en un silence concentré
                                   elle pourra
ajuster son haleine
                                   affiner
l’instrument.
                        Et au retour du fils
elle fait sortir la voix ancienne
qui l’habite
                        elle se rappelle
ce qu’elle n’a jamais su
                                     sait
ce dont elle ne se souvient plus
son soin prodigue
                                   devient
chant
            utopie.

C’est le feu qui fait bouger le fils.
La donneuse, elle,
                                    c’est le souffle.


De: Mitologuías. Homenaje a Matta
Traduction française: María Elena Blanco



Parabole du poisson au soleil couchant

Nié le poisson, les pales de ton blason
cèdent et te renvoient, orphelin,
à mon flanc d’étoiles, seule plage
prête à t’accueillir.

Niée la main ouverte vers le poisson,
la traversée fraternelle par le centre d’azur
devient arrivée de Charon
sur la rivière Styx.

Nié le contact onctueux avec la bave du poisson,
tu sombres dans des querelles théoriques
alors qu’est imminente la tombée de l’or
dans un champ de gueules.

Je te pousse donc vers la houle irréductible
du don et du reçu : va et ne te fais pas
surprendre au crépuscule les mains vides
et le cœur désert.

Montre le canton dextre, baisse le pont
et franchis le fossé de ta tour crénelée.
Un soleil sable et rose couvre déjà la mer :
vole jusqu’à eux, atteint-les.

Alléluia, alléluia : nous nettoyâmes
la pêche et la goûtâmes.


De: danubiomediterráneo/mittelmeerdonau
Traduction française: María Elena Blanco



Sur le pas si bleu Danube

Le puissant fleuve se penche légèrement
comme tournant son dos à la ville,
qui, timide, se replie sur son fond de tourbillon,
vouée aux faveurs et aux agapes,
soi-disant gaie,
au pied des sinueuses collines de vignobles vert-jaunes.
Le vin jeune est d’une acidité douce, le jus
fermenté est turbulent, enclin à l’excès.
Par la montée du Kahlenberg les rejetons de vigne
tremblent en spirale, le chant de l’alouette
devient redondant comme un rondeau,
les sentiers de la forêt sont marqués
avec coups de pinceau rouges-blancs-rouges
entourant le tronc blessé des bouleaux,
plus loin en aval
des roses grimpent sur des balcons en fer
à ourlets rococo tordus par le temps.
Tout semble s’évader en quête d’un vague oubli,
d’une simple inertie complaisante.
Dans sa sereine somnolence,
la ville au bord du Danube verdâtre
implose en cauchemars immémoriaux
et le do de poitrine de Plácido, résonnant depuis le Ring,
ne suffit pas pour la réveiller.


De: danubiomediterráneo/mittelmeerdonau
Traduction française: María Elena Blanco


© María Elena Blanco